• Un Art

    L´Art

     

    Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître ;
    tant de choses semblent si pleines d’envie
    d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre.

    Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre
    tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit.
    Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

    Puis entraîne toi, va plus vite, il faut étendre
    tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis
    le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.

    J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière
    ou l’avant-dernière de trois maisons aimées : partie !
    Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

    J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,
    des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.
    Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.

    Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
    que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui,
    dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître
    même si il y a là comme (écris-le !) comme un désastre.

    Elizabeth Bishop

     

     

    « Comme une prièreIl n’est jamais trop tard... »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 8 Septembre à 18:12

    J'aime beaucoup ce poème.

    Bonne fin de week-end Elfine ! 

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