"Ah, les américains !"
S´exclama Bertie un dimanche soir
Confortablement assise devant la télé,
En train de regarder
Le film Chantons sous la pluie.
"Ils viennent à peine
De finir leur petit déjeuner
Et ils sont déjà habillés impec !"
Je venais juste de rentrer.
Le week-end, je travaillais
En tant que réceptionniste
Dans un petit hôtel
Sur la rive gauche.
"J´aime bien la télé",
Continua Bertie,
"On peut y regarder un opéra, par example,
Sans être soi-même obligé de se mettre
Sur son trente et un !"
"Chais pas moi j'y vais jamais à l'opéra..."
Lui répondai-je à mi-voix
En allant me préparer une tartine.
Je n´avais qu´une idée dans la tête :
Sauter sous la coutte le plus vite possible.
"Il y en a qui n´arrêtent pas
De se soucier de leur look",
Poursuivit Bertie,
"Rose, la petite soeur de Hyacinthe Bucket
Dans Sauver Les Apparences,
Ne répond même pas au téléphone
Sans avoir préalablement redressé sa coiffure !"
"Eh ben dis donc", commentai-je.
"J´adore cette sitcom britannique !"
Reprit Bertie avec enthousiasme.
"À mon plus grand regrét, hier après-midi,
La retransmission de l´épisode 17
De la première saison a été remplacée
Par une diffusion en direct
D´une épreuve du lancer du poids féminin !"
"Donc, j´ai loupé la scène la plus émouvante
De l´épisode en question,
Où le pot d´échappement
De la Ford Cortina de Onslow,
Le beau-frère de Hyacinthe,
Fait un gros boom
Juste devant la maison de sa belle-soeur..."
Que s'est-il passé ensuite ?
Je ne sais pas. À ce moment-là,
Je me suis sauvée pour m´échapper
Du flot ininterrompu de paroles
De ma parfois-trop-bavarde amie anglaise...

Pauvre Richard...
*La maison de chaque homme est son refuge le plus sûr.