Publié le 30 Juillet 2022

Sur le bord du terrain de sport
voici qu’un garçonnet boiteux
s’était arrêté un instant
sous les branches du grand tilleul.
Il se tenait sur le gazon,
prenant appui sur des béquilles,
il regardait l’agitation
du jeu, avec des yeux fébriles.
Parmi le sable ensoleillé
où le tilleul portait son ombre,
plus d’un cri joyeux résonnait,
et des éclats de rire en nombre.
Les garçons foulaient en souplesse
ce terrain de sport de leurs pieds.
L’autre était debout, immobile,
l’autre qui était estropié.
Mais lui en toute vérité
ne pensait point à ses béquilles.
Une lueur d’enchantement
brillait sur sa face livide.
D’ardeur et de joie frémissait
sa narine, sous mon regard,
chacune des fois que la batte
frappait la balle en haut des arbres.
Et lorsque au delà de la ligne
quelqu’un se mettait à courir,
on eût dit que sous le tilleul
l’autre aussi venait de bondir —
comme si hors du corps boiteux
l’âme du garçonnet se fût
jetée dans la compétition
vers les autres, à corps perdu.
Il fit un pas — — mais tout à coup
comme s’il s’était réveillé
il se vit… Et sa jambe droite
n’était qu’un moignon atrophié.
Les garçons foulaient en souplesse
ce terrain de sport de leurs pieds
mais sous le tilleul se tenait
l’autre qui était estropié,
et qui, saisi d’un tremblement,
le teint grisâtre s’en alla
comme si sous le gilet brun
le cœur avait cessé de battre. —
Et un cri joyeux résonnait,
et des éclats de rire en nombre
parmi le sable ensoleillé
où le tilleul portait son ombre.
UUNO KAILAS 1928
traduit du finnois par Sébastien Cagno
Des millions d'enfants sont afffectés par les guèrres et les conflits armés...
'Sur le terrain de sport' interpreté par Vesa-Matti Loiri
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